Banque d’informations
La stratégie européenne De la ferme à la table : ce qu’elle engage les États membres à faire
Politique européenne · Pacte vert
La stratégie européenne De la ferme à la table : ce qu’elle engage les États membres à faire
De la ferme à la table est plus souvent citée que lue. C’est une communication de la Commission publiée en 2020, pas un règlement, et à elle seule elle n’engage les États membres à rien d’exécutoire. Ce qu’elle a fait, c’est fixer cinq objectifs chiffrés pour 2030 et un programme législatif censé les concrétiser, et l’écart entre ce programme tel qu’annoncé et tel que réalisé est aujourd’hui ce qu’il est le plus utile d’en comprendre.
Points clés
- De la ferme à la table est un document de stratégie relevant du Pacte vert pour l’Europe. Elle ne crée aucune obligation directe pour les États membres ni pour les opérateurs.
- Ses cinq objectifs phares pour 2030 portent sur les pesticides, les pertes de nutriments et l’usage des engrais, les antimicrobiens, les surfaces en bio et la connectivité rurale.
- Les obligations ne naissent que là où un objectif a été converti en législation. Plusieurs l’ont été ; le règlement sur la réduction des pesticides, non.
- Le principal canal de transmission vers les exploitations est la politique agricole commune, par les plans stratégiques nationaux de la PAC.
- Pour les fournisseurs, l’objectif engrais est celui qui a la conséquence commerciale la plus directe : une réduction de 20 % de l’usage, obtenue par l’efficience plutôt que par la privation.
Les cinq objectifs
Les cinq sont exprimés pour 2030 par rapport à une base située autour des années 2018 à 2020. Ils sont énoncés en valeurs à l’échelle de l’UE, et non en quotas nationaux, et aucun mécanisme de répartition entre États membres n’a jamais été publié.
| Objectif | Engagement énoncé | Statut juridique aujourd’hui |
|---|---|---|
| Pesticides chimiques | Réduction de 50 % de l’utilisation et du risque ; réduction de 50 % de l’utilisation des substances les plus dangereuses | Aucun instrument contraignant. Le règlement proposé a été retiré en 2024. |
| Nutriments et engrais | Réduction de 50 % des pertes de nutriments sans perte de fertilité des sols, ce qui implique une réduction d’au moins 20 % de l’usage des engrais | Poursuivi par le droit existant sur l’eau et les nitrates et par des mesures de la PAC, sans instrument dédié. |
| Antimicrobiens | Réduction de 50 % des ventes destinées aux animaux d’élevage et à l’aquaculture | Appuyé par la législation sur les médicaments vétérinaires et les aliments médicamenteux déjà en vigueur. |
| Surfaces en bio | 25 % de la surface agricole de l’UE conduite en agriculture biologique | Objectif politique, appuyé par le plan d’action bio et les financements de la PAC. |
| Haut débit rural | Accès complet à une connectivité rapide dans les zones rurales | Poursuivi par les politiques numérique et de cohésion. |
Les plans stratégiques nationaux de la PAC portent les éco-régimes, la conditionnalité et les aides à la conversion. C’est là que la stratégie devient de l’argent.
Plusieurs textes annoncés ont été adoptés, plusieurs ont été modifiés au point d’être méconnaissables, et au moins un a été retiré.
Les référentiels d’approvisionnement des distributeurs et des transformateurs ont avancé plus vite que la législation et portent désormais une grande part de l’effet pratique.
Ce que les États membres sont réellement tenus de faire
Les États membres sont tenus de mettre en œuvre la législation qui existe, pas la stratégie qui l’a annoncée. La directive nitrates, la directive-cadre sur l’eau et la directive sur les plafonds d’émissions nationaux encadrent déjà les pertes de nutriments, et la conditionnalité de la PAC lie les paiements directs à une série de normes sur la couverture des sols, les bandes tampons, la rotation des cultures et la gestion des nutriments. Lorsqu’un objectif De la ferme à la table recoupe ces instruments, l’obligation est réelle. Lorsqu’il ne les recoupe pas, comme pour l’objectif de 50 % sur les pesticides après le retrait du règlement proposé, l’objectif ne survit que comme repère politique au regard duquel les progrès sont rapportés.
Les plans stratégiques de la PAC sont l’endroit où cela devient concret. Chaque État membre définit ses propres éco-régimes, ses propres aides à la conversion et au maintien en agriculture biologique, et ses propres objectifs de gestion des nutriments. Deux pays voisins peuvent donc poursuivre le même objectif européen avec des instruments très différents et une intensité très différente. Tout fournisseur qui essaie de prévoir la demande à partir de la seule stratégie aura la bonne direction et le mauvais ordre de grandeur ; c’est dans les plans nationaux que se trouve l’ordre de grandeur.
Le chiffre de 20 % sur les engrais n’est pas un plafond sur les ventes d’engrais. Il est présenté comme la conséquence d’une division par deux des pertes de nutriments tout en maintenant la fertilité des sols, ce qui renvoie au placement, au moment, à la forme et à l’efficience plutôt qu’à une simple réduction. Les produits et services qui augmentent l’efficience d’utilisation des nutriments se situent du bon côté de cet objectif.
La lire en tant que fournisseur
- Distinguez l’objectif de l’instrument. Pour chacun des cinq, demandez quelle loi le met en œuvre. Si la réponse est aucune, l’effet sur les opérateurs est indirect.
- Lisez le plan PAC national du pays de votre client. La conception des éco-régimes vous dit quelles pratiques seront rémunérées la saison prochaine.
- Traitez l’efficience d’utilisation des nutriments comme l’ouverture commerciale. Les formes stabilisées et à libération contrôlée, les technologies de placement, le fractionnement des apports et les services d’analyse foliaire répondent tous directement à l’objectif nutriments.
- Ne partez pas du principe que l’objectif bio sera atteint. Planifiez à partir des taux de conversion observés sur le marché concerné, qui varient d’un ordre de grandeur entre États membres.
- Suivez le débat sur les clauses miroirs. Des propositions visant à appliquer les normes de production de l’UE aux importations changeraient la position de l’exportateur plus que n’importe quel objectif interne.
- Suivez les acheteurs. Les politiques d’approvisionnement de la distribution ont devancé la loi sur les pesticides et sur le carbone, et elles lient par contrat.
Pourquoi elle compte quand même
Une stratégie qui ne crée aucune obligation peut tout de même réorganiser un marché, parce qu’elle indique à tous, législateurs, bailleurs, distributeurs et investisseurs, où la Commission entend aller. Une grande partie de l’effet du Pacte vert sur l’agriculture est arrivée par les politiques d’achat, les critères de prêt et les cahiers des charges de la distribution plutôt que par la loi. Pour un fournisseur d’intrants en Égypte ou dans le Golfe, les conséquences pratiques sont un portefeuille conventionnel de protection des plantes qui se resserre, un intérêt croissant des acheteurs pour l’efficience des nutriments et les données carbone, et une prime lente mais réelle pour les produits adaptés à la production biologique et à faible résidu. Nos articles complémentaires sur le Pacte vert et l’agriculture biologique et sur les objectifs de réduction des pesticides suivent ces fils.
Questions fréquentes
La stratégie De la ferme à la table est-elle contraignante pour les États membres ?
Non. C’est une communication de la Commission. Des obligations n’existent que là où un objectif a été traduit en législation, ou là où il recoupe des règles qui s’appliquaient déjà.
Limite-t-elle l’usage des engrais ?
Pas directement. Le chiffre de 20 % est une conséquence implicite de l’objectif sur les pertes de nutriments. Les contraintes sur l’apport d’engrais viennent de la directive nitrates, de la législation sur l’eau et des mesures nationales de la PAC.
Qu’est devenu le règlement sur la réduction des pesticides ?
La Commission l’a proposé en 2022 et l’a retiré en 2024 après l’enlisement du processus législatif. La directive de 2009 sur l’utilisation durable reste en vigueur à sa place.
De la ferme à la table s’applique-t-elle aux importations ?
Pas comme norme juridique. Les importations doivent respecter les limites de résidus de l’UE et les règles applicables aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux. Les propositions d’étendre les normes de production de l’UE aux marchandises importées restent en débat.
Comment les progrès sont-ils mesurés ?
Par des indicateurs publiés, notamment les indicateurs de risque harmonisés pour les pesticides, les statistiques de bilan des nutriments, les données de ventes d’antimicrobiens et les chiffres d’Eurostat sur la surface en bio.
Lisez la politique au regard de la loi qui la met en œuvre
GateWay aide les fabricants et les exportateurs à distinguer les signaux politiques européens des exigences contraignantes, et à planifier leur offre au regard des deux.